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Un peuple nous interpelle…
Au cœur des Pyrénées, aux portes de l’Espagne, à 800 km de Paris, 20 Km de Lourdes et de La Mongie, la vallée de Campan déploie, entre Tourmalet et Aspin, ses 10 000 hectares de forêts, de prairies et de cultures. Orientée au nord-ouest, elle jouit d’un climat tempéré marqué par l’influence Atlantique et c’est à juste titre que l’on a pu la comparer à la Normandie alors qu’elle produisait en abondance la pomme à cidre et un beurre réputé. L’habitat témoigne du climat : dans la vallée, les " quelque 800 granges et maisons " recensées en 1667 par Monsieur de Froidour, Grand Maître des Eaux et Forêts, tournent le dos à l’ouest d’où viennent vents pluies et neiges. Ces terres fertiles, propices à l’élevage, bien irriguées, sont, il y a plus de 3000 ans, occupées par la tribu des Campons, identifiée au premier siècle par Pline l’Ancien. Cette tribu va devenir un peuple, au sens réel du terme, fier et indépendant, qui va combattre durant des siècles pour conquérir et affirmer, par tous les moyens, son indépendance. Lentement, la communauté agropastorale se forge une coutume fondée sur le partage égalitaire des terres (au départ du moins…) l’indivision de la forêt, de l’eau, des pâturages de haute montagne (tempérée par le droit, strictement appliqué, de jouissance personnelle…) le droit d’aînesse enfin (un seul chef par maison et accessible aux femmes). Ainsi se trouve scellé, un ensemble d’obligations, de contraintes, de solidarités, dans lequel, les hommes, quelle que soit leur condition sociale, se sentent libres. L’administration du quotidien, la gestion du patrimoine, la défense contre les voisins envahisseurs, les relations avec les Seigneuries locales, l’Eglise, sont assurées par " la véziau ", l’Assemblée des Voisins. Cependant, compte-tenu de la complexité croissante des affaires, de l’augmentation de la population (elle passera de 74 feux en 1429 à 710 en 1695), la Véziau déléguera ses pouvoirs d’abord à des " scindics " placés sous haute surveillance, puis à des consuls élus. Ainsi, l’adage " Nulle terre sans Seigneur " ne sera jamais réalisé à Campan. Dans une " longue marche ", ces hommes conduiront la communauté vers la " Seigneurie roturière " qui vivra jusqu’en 1789…
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(C) 2001 Joanicarre. Tous droits réservés. Photos : Miguel Bravo - Texte : Jean-Jacques Agostini